African Politics and Policy

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Agenda 2063 : Quelles sont les valeurs africaines et pourquoi en tenir compte ?

by

Ornella Ohoukoh

Aujourd’hui, il est impossible de tenir un débat Afrique-Occident, sans que l’on ne parle d’identité culturelle. L’identité culturelle, cette notion à l’allure controversée et présente au cœur des grandes dissertations post-coloniales, s’affirme remarquablement comme une valeur endogène prioritaire à prendre en compte dans les équations africaines.  Cependant, une autre question fondamentale est de savoir ce que représentent aujourd’hui les valeurs et l’identité africaine. A priori, le débat s’articule beaucoup plus autour des traits extérieurs caractéristiques de nos populations, ce qui tend peut-être à erroner la véritable perception que les peuples africains devraient avoir de leurs cultures.

Au cours de ces dernières décennies, l’évolution de la culture africaine  a été remarquable. En effet, nombres de pratiques culturelles ont connues des mutations profondes ; nombres de rites initiatiques ont perdu de leur valeurs, la transmission de la connaissance orale s’est considérablement altérée, les valeurs africaines de vie en communauté et de partage, ont laissé place à la culture de l’individualisme accru et cupide, mais l’abandon remarqué des pratiques ancestrales, comporte aussi  des aspects pseudo-positifs. Les confrontations tribales et ethniques, laissent place aujourd’hui au sein des jeunes générations à l’ouverture au partage et au métissage, entre autres.

Pourquoi donc le paramètre « culturel » est toujours sous représenté et comment l’agenda 2063 devrait-il  en tenir compte ?

Rappelons ces passages de l’agenda 2063, Aspiration 5 points 41 et 42 :

  • Notre diversité en matière de culture, d’héritage, de languages et de réligion doit être une force ;
  • Les idéaux panafricains, seront intégrés dans tous les programmes scolaires et les biens culturels panafricains (patrimoine, folklore, langue, cinéma, musique théâtre, littérature, festivals, religions et spiritualité) seront promus… Les langues africaines seront le fondement de l’administration et de l’intégration. Les valeurs africaines axées sur la famille, la communauté, le travail, le mérite, le respect mutuel et la cohésion sociale, seront fermement ancrées.

Bien qu’étant optimistes et désireux de croire en la parfaite réalisation de ces deux points de l’agenda, nous y trouvons aussi le début de grands conflits idéologiques dont la résolution nécessiterait plus d’experts et chercheurs que l’histoire du développement n’en a employé jusqu’à ce jour. En effet la complexité de la quantification des données culturelles et le rôle crucial mais ambigu qu’elles jouent dans le développement africain sera le souffre douleur de la réalisation de cette cinquième aspiration. Comment intégrer les idéaux africains dans les programmes scolaires, sans se heurter à ce métissage vertigineux des pratiques occidentales actuelles et des pratiques africaines en mutation ? Comment appliquer les résultats de recherches réalisées sur des peuples ayant amorcé leur développement depuis deux siècles déjà à des peuples encore loin d’un simple machinisme agricole ?

Il est cependant vrai que certains peuples trouvent déjà le consensus entre modernisme et africanité. C’est peut-être l’exemple du Nigéria dont l’industrie cinématographique a connu une expansion fulgurante, se hissant à la deuxième place mondiale. Pour mobile        de succès est cité le multilinguisme de ce pays produisant des films dans les langues locales et en anglais. Cet exemple met donc clairement en exergue la place importante de la langue dans le développement du continent. Dans cet ouvrage de l’UNESCO « Pourquoi et Comment l’Afrique doit investir dans les langues africaines et l’enseignement Multilingue: Note de sensibilisation et d’orientation étayée par les faits et fondée sur la pratique », il est énoncé ces trois observations : la première affirme que le lien entre le développement et l’utilisation des langues est généralement méconnu, la deuxième reconnaît que le lien entre les langues et l’éducation est mal compris hors de cercles d’experts et pour finir, la troisième explique que le lien entre le développement et l’éducation est la plupart du temps acceptée a priori, mais avec une mauvaise compréhension de la nature exacte de la relation. Nous pouvons donc noter trois données majeures que sont, les langues qui jouent un rôle prépondérant dans la transmission des cultures, l’éducation qui vient mettre en œuvre la langue et enfin le développement actionné par l’éducation.

De cette précédente analyse, le facteur linguistique vient donc s’imposer comme étant le trait ou l’élément culturel le plus favorable à prendre en compte en matière de développement du fait qu’il englobe en son sein la majorité des traits culturels propres à un peuple.  Il faut donc créer des formations africaines sur mesure avec prise en compte des langues  locales africaines le tout posé sur le socle de l’histoire des peuples africains.

Pour ce faire un début de la démarche, devrait consister au recensement des compétences et professions relatives au secteur informel très développé en Afrique et développer des programmes de formation adaptés aux contextes multilingues. Les Universités Africaines avec des modules d’enseignement spécifiques à l’Afrique devraient voir le jour. Les modules enseignés devront être développés sur la base des réalités africaines. La formation primaire et secondaire sera ouverte dans les milieux ruraux en langue locale et nationale avec une obligation de maîtriser les deux langues. En effet oui, à la fin nos diversités seront une force. Les langues étrangères joueront un rôle prépondérant dans cette mutation de l’éducation africaine, et les marges d’erreur au cours de l’implémentation de ces mécanismes devraient être réduites à un strict minimum.

 

http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001886/188643f.pdf

http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/CAFRAD/UNPAN008089.pdf

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